mardi 22 décembre 2015

Troisième extrait de Lois festives



Code de réveillon du nouvel an

Loi numéro I : amour


Article trois
Chacun peut donner de l’amour, si chacun en connaît les atours.


— Qu’est-ce que vous fichez, encore, tous les deux ?
Julian est enfin rentré de son voyage professionnel sur la côte d’Azur, tout heureux d’aller retrouver ses amants l’attendant, certainement, tranquillement dans sa chambre. Seulement les lascars, comme à leur habitude hors coucherie, sont en train de se disputer.
— C’est quoi cette fois ? Qui de vous deux m’embrassera le premier, après une semaine d’absence ?
À la raison découverte, tels des enfants, les hommes baissent leurs regards. Ainsi Julian a vu juste. Dire que cela fait un an qu’ils se sont enfin tous mis d’accord pour vivre leur amour à trois. Néanmoins ses actifs en sont encore à se batailler pour des broutilles. Et lui, le seul passif du trio, il tient le rôle du père grondant ses têtes blondes de leur stupidité et celui du réceptacle lors de la cérémonie des réconciliations. Même si cette seconde responsabilité est des plus plaisantes, le mannequin, après des jours et nuits de travail harassant, ne veut plus entendre parler de la première. Aussi, cette fois…
— Vous êtes consignés dans cette chambre jusqu’à totale entente. Et celle-ci devra être durable dans le temps.
— Julian ?
— Non. Je serai inébranlable. Si vous tenez à notre amour commun, faites des concessions définitives. Je repasserai dans deux heures. Soit on fêtera cette fin d’année en toute harmonie, soit pas du tout.
Sur ce, la porte claque en se refermant sur la silhouette tant attendue depuis sept jours. Gaël en souffle.
— Il nous en veut cette fois.
— Bien sûr qu’il nous en veut. On n’arrête pas de se chamailler.
— Il ne peut en être autrement avec cette beauté comme trophée.
Cette beauté ? Stéphane ne peut pas avouer à cet amoureux transi… Non. Il ne peut.
— Ouais. Mais, à force de concourir, ce prix risque d’être retiré. À tout jamais.
— Qu’est-ce qui cloche chez nous ?
— Notre honneur mâle.
— C’est sûr que notre virilité est mise à rude épreuve. Mais Julian devrait comprendre, non ? Après tout, c’est un homme aussi.
Les regards se croisent. Le soupir des comparses se fait à l’unisson ce qui les fait éclater de rire. Après avoir réussi à signer un contrat pour représenter une marque de parfum, l’année dernière, leur ami est de plus en plus souvent absent de la pension. Bien que les retrouvailles soient toujours chaleureuses, la présence du modèle manque aux deux délaissés. Cependant, même s’ils se disputent encore pour des broutilles, une certaine amitié, une complicité, est née entre eux. Leurs rires se calment enfin. Le photographe brise le silence de quelques secondes.
— Tu t’es déjà retrouvé dans le rôle du passif ?
— Pourquoi tu demandes ça ?
— C’est peut-être parce que je n’ai pas d’expérience de ce point de vue que je suis sans cesse en compétition avec toi ?
— Tu veux dire que parce qu’on est vierge du train arrière, on restera toujours des machos ?
— Julian ne l’est plus, lui.
Stéphane ose un baiser fugace, à cette affirmation.
Cette expérience surprend le bureaucrate, mais…
— C’est pas si mal.
— Ça serait peut-être même meilleur si on s’en donnait un vrai.
Ce qui est mis en pratique dans la seconde. Les souffles s’accentuent tandis que les langues s’entremêlent. D’un coup, les bras enlacent les corps ramenés, ainsi, en contact. Ne voulant se détacher trop longtemps, les mains des deux hommes les mettent à nu frénétiquement tandis que le baiser s’éternise. N’ayant pas décidé qui aurait la primauté d’être dépucelé, Stéphane se couche sur le dos, et Gaël le surplombe présentant ses fesses à sa vue. Ce dernier, toujours aussi fougueux, va passer à l’action lorsque…
— Attends !
— Tu vas pas changer d’avis maintenant, non ?
— Mais non ! C’est juste qu’il serait plus prudent d’user du lubrifiant, tu crois pas ?
Le gratte-papier étend son bras au tiroir de la table de chevet.
— J’ai laissé un tube de paraffine, là.
Enfin, les doigts badigeonnés comme il se doit…
— Majeur ou index ?
— Index. Et si tout se passe bien, on le remplace par le majeur.
— Compte à rebours ?
— Arrête ton char ! On est en train de refroidir, là.
— J’ai tout de même le droit d’appréhender, non ? Bon sang ! Tu es mon premier puceau. Alors désolé de ne pas vouloir te faire saigner ou angoisser davantage.
Stéphane en reste béat. L’homme au-dessus de lui ne s’inquiète que pour le mettre en condition avec le plus de délicatesse possible. Gaël en a complètement occulté les effets de sa propre future sodomie. Le photographe sait celui-ci farouche, mais à ce point… Le timbre de sa voix se radoucit.
— On va sûrement le sentir passer. Fais juste ce qu’il faut pour atténuer la douleur un maximum.
— Mais… Aah !
Stéphane n’en pouvait plus d’attendre. Il s’est donc décidé à montrer l’exemple.
— Tu t’es raidi.
— Bien… sûr. Merde ! C’est… bizarre.
Ne trouvant plus de mots pour décrire le ressenti, Gaël en fait la démonstration direct à son homologue. Les muqueuses s’en crispent autour de son doigt. Sa victime en a eu le souffle coupé. Mais puisqu’ils sont lancés, le bureaucrate décide qu’il est temps de…
— On passe à la suite ?… Pour l’amour de Julian.
— Pour… l’amour.
     Et c’est ainsi que résonnent des cris de plus en plus extatiques répondant à des mouvements de doigtés des plus remarquables. 

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