Code de réveillon du nouvel an
Loi numéro I : amour
Article trois
Chacun peut donner de l’amour, si chacun
en connaît les atours.
— Qu’est-ce que vous fichez, encore, tous les
deux ?
Julian est enfin rentré de son voyage professionnel
sur la côte d’Azur, tout heureux d’aller retrouver ses amants l’attendant,
certainement, tranquillement dans sa chambre. Seulement les lascars, comme à
leur habitude hors coucherie, sont en train de se disputer.
— C’est quoi cette fois ? Qui de vous deux
m’embrassera le premier, après une semaine d’absence ?
À la raison découverte, tels des enfants, les hommes
baissent leurs regards. Ainsi Julian a vu juste. Dire que cela fait un an
qu’ils se sont enfin tous mis d’accord pour vivre leur amour à trois. Néanmoins
ses actifs en sont encore à se batailler pour des broutilles. Et lui, le seul
passif du trio, il tient le rôle du père grondant ses têtes blondes de leur
stupidité et celui du réceptacle lors de la cérémonie des réconciliations. Même
si cette seconde responsabilité est des plus plaisantes, le mannequin, après
des jours et nuits de travail harassant, ne veut plus entendre parler de la
première. Aussi, cette fois…
— Vous êtes consignés dans cette chambre jusqu’à totale
entente. Et celle-ci devra être durable dans le temps.
— Julian ?
— Non. Je serai inébranlable. Si vous tenez à notre
amour commun, faites des concessions définitives. Je repasserai dans deux heures.
Soit on fêtera cette fin d’année en toute harmonie, soit pas du tout.
Sur ce, la porte claque en se refermant sur la
silhouette tant attendue depuis sept jours. Gaël en souffle.
— Il nous en veut cette fois.
— Bien sûr qu’il nous en veut. On n’arrête pas de se
chamailler.
— Il ne peut en être autrement avec cette beauté comme
trophée.
Cette beauté ? Stéphane ne peut pas avouer à cet
amoureux transi… Non. Il ne peut.
— Ouais. Mais, à force de concourir, ce prix risque d’être
retiré. À tout jamais.
— Qu’est-ce qui cloche chez nous ?
— Notre honneur mâle.
— C’est sûr que notre virilité est mise à rude
épreuve. Mais Julian devrait comprendre, non ? Après tout, c’est un homme
aussi.
Les regards se croisent. Le soupir des comparses se fait
à l’unisson ce qui les fait éclater de rire. Après avoir réussi à signer un
contrat pour représenter une marque de parfum, l’année dernière, leur ami est
de plus en plus souvent absent de la pension. Bien que les retrouvailles soient
toujours chaleureuses, la présence du modèle manque aux deux délaissés. Cependant,
même s’ils se disputent encore pour des broutilles, une certaine amitié, une
complicité, est née entre eux. Leurs rires se calment enfin. Le photographe
brise le silence de quelques secondes.
— Tu t’es déjà retrouvé dans le rôle du passif ?
— Pourquoi tu demandes ça ?
— C’est peut-être parce que je n’ai pas d’expérience
de ce point de vue que je suis sans cesse en compétition avec toi ?
— Tu veux dire que parce qu’on est vierge du train
arrière, on restera toujours des machos ?
— Julian ne l’est plus, lui.
Stéphane ose un baiser fugace, à cette affirmation.
Cette expérience surprend le bureaucrate, mais…
— C’est pas si mal.
— Ça serait peut-être même meilleur si on s’en donnait
un vrai.
Ce qui est mis en pratique dans la seconde. Les
souffles s’accentuent tandis que les langues s’entremêlent. D’un coup, les bras
enlacent les corps ramenés, ainsi, en contact. Ne voulant se détacher trop longtemps,
les mains des deux hommes les mettent à nu frénétiquement tandis que le baiser
s’éternise. N’ayant pas décidé qui aurait la primauté d’être dépucelé, Stéphane
se couche sur le dos, et Gaël le surplombe présentant ses fesses à sa vue. Ce
dernier, toujours aussi fougueux, va passer à l’action lorsque…
— Attends !
— Tu vas pas changer d’avis maintenant, non ?
— Mais non ! C’est juste qu’il serait plus
prudent d’user du lubrifiant, tu crois pas ?
Le gratte-papier étend son bras au tiroir de la table
de chevet.
— J’ai laissé un tube de paraffine, là.
Enfin, les doigts badigeonnés comme il se doit…
— Majeur ou index ?
— Index. Et si tout se passe bien, on le remplace par
le majeur.
— Compte à rebours ?
— Arrête ton char ! On est en train de refroidir,
là.
— J’ai tout de même le droit d’appréhender, non ?
Bon sang ! Tu es mon premier puceau. Alors désolé de ne pas vouloir te
faire saigner ou angoisser davantage.
Stéphane en reste béat. L’homme au-dessus de lui ne s’inquiète
que pour le mettre en condition avec le plus de délicatesse possible. Gaël en a
complètement occulté les effets de sa propre future sodomie. Le photographe sait
celui-ci farouche, mais à ce point… Le timbre de sa voix se radoucit.
— On va sûrement le sentir passer. Fais juste ce qu’il
faut pour atténuer la douleur un maximum.
— Mais… Aah !
Stéphane n’en pouvait plus d’attendre. Il s’est donc
décidé à montrer l’exemple.
— Tu t’es raidi.
— Bien… sûr. Merde ! C’est… bizarre.
Ne trouvant plus de mots pour décrire le ressenti,
Gaël en fait la démonstration direct à son homologue. Les muqueuses s’en crispent
autour de son doigt. Sa victime en a eu le souffle coupé. Mais puisqu’ils sont
lancés, le bureaucrate décide qu’il est temps de…
— On passe à la suite ?… Pour l’amour de Julian.
— Pour… l’amour.
Et c’est ainsi que résonnent des cris de plus en plus extatiques répondant
à des mouvements de doigtés des plus remarquables.
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