mardi 22 décembre 2015

Second extrait de Lois festives



Code de Noël

Loi numéro IV : pardonner

Article premier
Il est admis de pardonner que s’il n’y a aucun préjudice à côté.


— Haa !… Haa !
— C’est pas encore ça. Il faut que tu te décontractes davantage.
— Non ! Haa !… Stop !
— Mais il faut que je t’en enfile deux pour mieux t’assouplir.
Romain est déjà presque au bord des larmes avec cet énorme majeur lui sondant son intérieur. Patrice ne lui a même pas demandé son avis. Il a décidé de lui-même que son apprentissage ne pouvait être remis au lendemain. Décidément son doux ami d’antan se dévoile être un amant des plus autoritaires. S’il ne met pas le holà tout de suite, l’ex-athlète, au caractère trempé, va être brisé et devenir un passif obéissant et discipliné. Il en est…
— Hors de question ! Dégage ton doigt de là !
Ce qui est fait au plus vite. Le visage inquiet, se présentant devant Romain tentant de reprendre son souffle, lui fait presque regretter son ordre.
— Tu as mal ?
Question idiote. Non. En fait l’homme de maison n’a aucune raison de déplorer son ton tranchant. Il continue donc à gronder.
— Bien sûr que j’ai mal ! Ne fais pas comme si tu ne le savais pas. Je suis un novice, mais tu t’acharnes sur mon trou de balle encore et encore.
— Mais c’est justement parce qu’il n’y est pas habitué que je dois le préparer davantage. Je vais te blesser si je rentre mon rifle sans t’avoir évasé auparavant.
Le silence. Romain n’arrive pas à croire que…
— Tu voulais encore me foutre ? Tu veux me tuer ?
— Mais…
— Il n’y a pas de mais. Il en est juste hors de question.
Et, continuant à bougonner, le concierge décide de se lever…
— Puis c’est quoi cette histoire de ri… Houmf !
…et tombe à quatre-pattes sur la moquette. Des pas se précipitent auprès de lui. Une main secourable se pose sous son épaule tentant de le redresser.
— Aaah ! Non !
— C’est si douloureux ? Romain ? Où t’es blessé ?
Celui-ci serre ses poings. C’est dorénavant assuré. Patrice devient bêta en moment de crise, et un actif égoïste et insatiable au lit.
— Devine.
Il a contracté les mâchoires, en ramenant une de ses mains à son bas du dos pour confirmer à son simplet le lieu de l’éprouvant préjudice.
— Oh.
La goutte d’eau faisant déborder le vase. Romain se redresse, furibond.
— C’est quoi ce… Aah !
Mauvaise idée. Le blessé s’écroule sur le côté. Prêt à pleurer de souffrance, il avale sa salive et ferme les yeux pour contenir les larmes.
— Merde ! Merde ! Merde !
Une paume chaude caresse sa joue.
— Désolé. Je me laisse souvent aller dans ces moments-là. Mes ex-partenaires étaient déjà expérimentés, eux, donc je n’ai pas l’habitude de restreindre mon ardeur. Tu es mon premier puceau.
Quel a été ce bruit en lui ? Est-ce celui de son honneur mâle poignardé ? L’ex-athlète n’en revient pas. Sa virilité vient d’être piétinée par un mastodonte sans cœur.
— Tu me pardonnes ? J’ai encore de bon rapport avec ces pros. Alors j’irai leur demander conseils, tout à l’heure. J’avais rendez-vous avec deux d’entre eux, de toute manière. Ça tombe bien, non ?
— Espèce de mammouth…
La main s’écarte au ton menaçant. D’un coup les paupières dévoilent des iris caramel à l’étincelle diabolique.
— Comment oses-tu me rabaisser aussi impunément ? Et je te ferais remarquer que je n’étais plus puceau de l’avant depuis mes quinze ans. Quant à mon arrière, tu l’as assez sodomisé avec véhémence, il y a quelques heures, pour qu’il en ait perdu sa virginité. Et si tu ne téléphones pas, sur-le-champ, à tes gigolos pour annuler définitivement ton abonnement, tu peux faire une croix sur l’avenir de notre couple.
— Mais…
— Et si tu continues avec tes mais, jamais je ne te pardonnerai tes offenses. Je suis un homme, merde ! Pas une femmelette !
— Je vais téléphoner.
Patrice s’est déjà redressé, lorsqu’une poigne ferme s’accroche à sa cheville.
— Aide-moi, avant, à me remettre dans mon lit.
— Oh ! Oui.
Il ne sait comment, Romain se retrouve caler et soulever, sans presque aucune douleur, dans les bras de son géant.
— Que… Mais…
— Je m’occupe de bien t’installer, mon chou. Après j’annule mes rendez-vous.
Ce qui a été exécuté avec délicatesse et dans un temps record avant que Patrice revienne, muni d’une bassine d’eau chaude avec savon et nécessaire de toilette. Et comme tout amant possessif, il décide seul de…
— Je ne travaille pas durant ces deux jours. Je vais pouvoir m’occuper de te soigner et te remettre sur pied, mon chou.
Malgré les doux gestes prodigués sur son anatomie douloureuse, Romain rumine.
— Dis ? C’est quoi cette histoire de chou ?
— T’aimes pas ?
— J’ai toujours eu horreur des sobriquets.
— Mais…
— Quoi encore ? Tu commences vraiment à m’énerver avec tes mais.
— Je sais. Mais tu ne veux pas que je te traite comme une femme. Alors… Il est certain que ma rose t’irait mieux. Seulement, ce sont les filles qui naissent dans ces fleurs. Aussi j’ai pensé que te prénommer mon chou te rendrait plus heureux. Puisque l’on dit que les garçons sortent de ces légumes.
Invraisemblable. Ce cerveau, pourtant encombré de pensées salaces à sa proximité, a réfléchi en peu de temps au meilleur petit nom douillet à donner à son amant sans blesser sa virilité mâle, et ce, en toute logique.
— Je te pardonne… Alors pardonne-moi.
Romain a bougonné ces quelques mots. La raison est qu’il n’a jamais pensé plus que ça que les hommes, aussi, souhaitaient être affublés d’un dénominatif par leur amant.
— Pardonne-moi de préférer mon prénom à ton sobriquet.
— Oh.
— Et pardonne-moi de ne pouvoir te satisfaire aujourd’hui.
— Non, non ! C’est moi. Clovis m’a dit que c’était normal. Qu’en fait, il y avait très peu d’anus comme le mien qui soit assez souple pour ne pas en souffrir à leur première sodomie et pouvoir en accepter encore et encore en peu de temps d’intervalle. Heureusement on a eu de la chance, car tu n’as pas saigné. Donc il nous faudra juste attendre que tu aies moins mal au coccyx, avant de pouvoir renouveler nos étreintes. Et, afin que ton rétablissement se fasse plus vite, il m’a suggéré d’atténuer tes courbatures en y appliquant des serviettes imbibées d’eau chaude et en te massant longuement de mes mains expertes.
Un ange passe. Patrice se mord la lèvre. Depuis ces quelques heures qu’ils sont en couple, à chaque fois que Romain garde silence, ce n’est que pour laisser éclater une colère incontrôlable, peu de temps après. Cependant il n’a rien dit ou fait d’incohérent cette fois-ci… Il en est certain.
— Qui est Clovis ?
Étonnamment, le timbre est calme. Le géant s’en tranquillise instantanément et récupère une serviette qu’il étend sur le dos endolori de son ami couché sur le ventre.
— Celui qui m’a tout appris.
— Un gigolo ?
— C’est son métier.
— Et tu lui as parlé de nous ?
— Mm. Il a trouvé notre première fois très osée, mais d’un érotisme extraordinaire. Cependant il m’a disputé sur le fait que j’aurais dû percevoir ta virginité pendant que je t’enfilais la farce d’un bon doigté. Il m’a dit de faire plus attention à l’avenir. D’y aller aussi plus doucement la prochaine fois, ou ça risquerait de te dégoûter.
— Patrice ?
— Oui ?
— Il n’a pas tort.
— Oui, oui, je sais. Tu le sentiras à peine, à notre seconde union charnelle. Promis.
— Trop tard.
— Hum ?
— J’en suis déjà rebuté.
— Que…
— Puisque tu aimes tant les expérimentés, tu vas goûter de mon côté pro. Et tiens-toi prêt. Car, souple ou pas, puisque tu seras dorénavant mon passif à temps complet, attends-toi à en avoir du mal à t’asseoir derrière ton ordi. J’ai fait mon apprentissage dans chaque page du Kâma-Sûtra et excelle dans ces positions.
— Hein ?! Mais mon rifle ! Tu avais dit…
— C’est toi seul qui avais décidé.
— Mais…
Des yeux, de la même étincelle démoniaque que tout à l’heure, s’ancrent aux siens. La voix, tout aussi diabolique, fait déglutir le bureaucrate.
— T’en fais pas, Patrice. Ton barillet fera feu une première fois à ma frappe de batte exceptionnelle qui me permet de faire irrévocablement un home run grâce à ma vitesse de pointe et ma précision à ne louper aucune base. Ton rifle va s’en décharger complètement et même tirer à vide dans le dernier mètre. Et j’en prendrai toute la responsabilité, moi.
 

Retour à Lois festives
Retour au sommaire

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire