Code de Noël
Loi numéro IV : pardonner
Article premier
Il est admis de pardonner que s’il n’y a
aucun préjudice à côté.
— Haa !… Haa !
— C’est pas encore ça. Il faut que tu te décontractes
davantage.
— Non ! Haa !… Stop !
— Mais il faut que je t’en enfile deux pour mieux
t’assouplir.
Romain est déjà presque au bord des larmes avec cet
énorme majeur lui sondant son intérieur. Patrice ne lui a même pas demandé son
avis. Il a décidé de lui-même que son apprentissage ne pouvait être remis au
lendemain. Décidément son doux ami d’antan se dévoile être un amant des plus
autoritaires. S’il ne met pas le holà tout de suite, l’ex-athlète, au caractère
trempé, va être brisé et devenir un passif obéissant et discipliné. Il en est…
— Hors de question ! Dégage ton doigt de
là !
Ce qui est fait au plus vite. Le visage inquiet, se
présentant devant Romain tentant de reprendre son souffle, lui fait presque regretter
son ordre.
— Tu as mal ?
Question idiote. Non. En fait l’homme de maison n’a
aucune raison de déplorer son ton tranchant. Il continue donc à gronder.
— Bien sûr que j’ai mal ! Ne fais pas comme si tu
ne le savais pas. Je suis un novice, mais tu t’acharnes sur mon trou de balle
encore et encore.
— Mais c’est justement parce qu’il n’y est pas habitué
que je dois le préparer davantage. Je vais te blesser si je rentre mon rifle
sans t’avoir évasé auparavant.
Le silence. Romain n’arrive pas à croire que…
— Tu voulais encore me foutre ? Tu veux me
tuer ?
— Mais…
— Il n’y a pas de mais. Il en est juste hors de
question.
Et, continuant à bougonner, le concierge décide de se
lever…
— Puis c’est quoi cette histoire de ri… Houmf !
…et tombe à quatre-pattes sur la moquette. Des pas se
précipitent auprès de lui. Une main secourable se pose sous son épaule tentant
de le redresser.
— Aaah ! Non !
— C’est si douloureux ? Romain ? Où t’es
blessé ?
Celui-ci serre ses poings. C’est dorénavant assuré.
Patrice devient bêta en moment de crise, et un actif égoïste et insatiable au
lit.
— Devine.
Il a contracté les mâchoires, en ramenant une de ses
mains à son bas du dos pour confirmer à son simplet le lieu de l’éprouvant
préjudice.
— Oh.
La goutte d’eau faisant déborder le vase. Romain se
redresse, furibond.
— C’est quoi ce… Aah !
Mauvaise idée. Le blessé s’écroule sur le côté. Prêt à
pleurer de souffrance, il avale sa salive et ferme les yeux pour contenir les
larmes.
— Merde ! Merde ! Merde !
Une paume chaude caresse sa joue.
— Désolé. Je me laisse souvent aller dans ces
moments-là. Mes ex-partenaires étaient déjà expérimentés, eux, donc je n’ai pas
l’habitude de restreindre mon ardeur. Tu es mon premier puceau.
Quel a été ce bruit en lui ? Est-ce celui de son
honneur mâle poignardé ? L’ex-athlète n’en revient pas. Sa virilité vient
d’être piétinée par un mastodonte sans cœur.
— Tu me pardonnes ? J’ai encore de bon rapport
avec ces pros. Alors j’irai leur demander conseils, tout à l’heure. J’avais
rendez-vous avec deux d’entre eux, de toute manière. Ça tombe bien, non ?
— Espèce de mammouth…
La main s’écarte au ton menaçant. D’un coup les
paupières dévoilent des iris caramel à l’étincelle diabolique.
— Comment oses-tu me rabaisser aussi impunément ?
Et je te ferais remarquer que je n’étais plus puceau de l’avant depuis mes
quinze ans. Quant à mon arrière, tu l’as assez sodomisé avec véhémence, il y a
quelques heures, pour qu’il en ait perdu sa virginité. Et si tu ne téléphones pas,
sur-le-champ, à tes gigolos pour annuler définitivement ton abonnement, tu peux
faire une croix sur l’avenir de notre couple.
— Mais…
— Et si tu continues avec tes mais, jamais je ne te pardonnerai tes offenses. Je suis un homme,
merde ! Pas une femmelette !
— Je vais téléphoner.
Patrice s’est déjà redressé, lorsqu’une poigne ferme
s’accroche à sa cheville.
— Aide-moi, avant, à me remettre dans mon lit.
— Oh ! Oui.
Il ne sait comment, Romain se retrouve caler et
soulever, sans presque aucune douleur, dans les bras de son géant.
— Que… Mais…
— Je m’occupe de bien t’installer, mon chou. Après
j’annule mes rendez-vous.
Ce qui a été exécuté avec délicatesse et dans un temps
record avant que Patrice revienne, muni d’une bassine d’eau chaude avec savon
et nécessaire de toilette. Et comme tout amant possessif, il décide seul de…
— Je ne travaille pas durant ces deux jours. Je vais
pouvoir m’occuper de te soigner et te remettre sur pied, mon chou.
Malgré les doux gestes prodigués sur son anatomie douloureuse,
Romain rumine.
— Dis ? C’est quoi cette histoire de chou ?
— T’aimes pas ?
— J’ai toujours eu horreur des sobriquets.
— Mais…
— Quoi encore ? Tu commences vraiment à m’énerver
avec tes mais.
— Je sais. Mais tu ne veux pas que je te traite comme
une femme. Alors… Il est certain que ma
rose t’irait mieux. Seulement, ce sont les filles qui naissent dans ces
fleurs. Aussi j’ai pensé que te prénommer mon
chou te rendrait plus heureux. Puisque l’on dit que les garçons sortent de
ces légumes.
Invraisemblable. Ce cerveau, pourtant encombré de
pensées salaces à sa proximité, a réfléchi en peu de temps au meilleur petit
nom douillet à donner à son amant sans blesser sa virilité mâle, et ce, en
toute logique.
— Je te pardonne… Alors pardonne-moi.
Romain a bougonné ces quelques mots. La raison est
qu’il n’a jamais pensé plus que ça que les hommes, aussi, souhaitaient être affublés
d’un dénominatif par leur amant.
— Pardonne-moi de préférer mon prénom à ton sobriquet.
— Oh.
— Et pardonne-moi de ne pouvoir te satisfaire aujourd’hui.
— Non, non ! C’est moi. Clovis m’a dit que
c’était normal. Qu’en fait, il y avait très peu d’anus comme le mien qui soit
assez souple pour ne pas en souffrir à leur première sodomie et pouvoir en accepter
encore et encore en peu de temps d’intervalle. Heureusement on a eu de la chance,
car tu n’as pas saigné. Donc il nous faudra juste attendre que tu aies moins
mal au coccyx, avant de pouvoir renouveler nos étreintes. Et, afin que ton
rétablissement se fasse plus vite, il m’a suggéré d’atténuer tes courbatures en
y appliquant des serviettes imbibées d’eau chaude et en te massant longuement
de mes mains expertes.
Un ange passe. Patrice se mord la lèvre. Depuis ces
quelques heures qu’ils sont en couple, à chaque fois que Romain garde silence,
ce n’est que pour laisser éclater une colère incontrôlable, peu de temps après.
Cependant il n’a rien dit ou fait d’incohérent cette fois-ci… Il en est certain.
— Qui est Clovis ?
Étonnamment, le timbre est calme. Le géant s’en
tranquillise instantanément et récupère une serviette qu’il étend sur le dos endolori
de son ami couché sur le ventre.
— Celui qui m’a tout appris.
— Un gigolo ?
— C’est son métier.
— Et tu lui as parlé de nous ?
— Mm. Il a trouvé notre première fois très osée, mais
d’un érotisme extraordinaire. Cependant il m’a disputé sur le fait que j’aurais
dû percevoir ta virginité pendant que je t’enfilais la farce d’un bon doigté.
Il m’a dit de faire plus attention à l’avenir. D’y aller aussi plus doucement
la prochaine fois, ou ça risquerait de te dégoûter.
— Patrice ?
— Oui ?
— Il n’a pas tort.
— Oui, oui, je sais. Tu le sentiras à peine, à notre
seconde union charnelle. Promis.
— Trop tard.
— Hum ?
— J’en suis déjà rebuté.
— Que…
— Puisque tu aimes tant les expérimentés, tu vas
goûter de mon côté pro. Et tiens-toi prêt. Car, souple ou pas, puisque tu seras
dorénavant mon passif à temps complet, attends-toi à en avoir du mal à
t’asseoir derrière ton ordi. J’ai fait mon apprentissage dans chaque page du
Kâma-Sûtra et excelle dans ces positions.
— Hein ?! Mais mon rifle ! Tu avais dit…
— C’est toi seul qui avais décidé.
— Mais…
Des yeux, de la même étincelle démoniaque que tout à
l’heure, s’ancrent aux siens. La voix, tout aussi diabolique, fait déglutir le
bureaucrate.
— T’en fais pas, Patrice. Ton barillet fera feu une
première fois à ma frappe de batte exceptionnelle qui me permet de faire
irrévocablement un home run grâce à ma vitesse de pointe et ma précision à ne
louper aucune base. Ton rifle va s’en décharger complètement et même tirer à
vide dans le dernier mètre. Et j’en prendrai toute la responsabilité, moi.
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